Jacques Julien


T E X T E S


art press n°255, mars 2000: extrait du texte de Jean-Marc Huitorel


l'exercice auquel je m'applique
  Ball Park Concepts
Une imagerie sportive implique-t-elle que l'art qui la sous-tend parle de sport ? A l'évidence, la réponse est négative si l'on considère l'oeuvre de Jacques Julien. Ici, le sport est plutôt tenu à distance ­ ni illustration, ni métaphore, ni support d'une spéculation formelle. Mais signe d'une sorte de mélodie en creux, d'étrangeté qui résiste à sa fonction et révèle que l'art reste sans cesse à définir.

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  En exergue à la postface qu'il écrivit à Bartleby d'Herman Melville, Gilles Deleuze reprend la phrase de Proust (Contre Sainte-Beuve) : «Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère.» Cette langue étrangère, chez Jacques Julien, c'est l'univers formel du sport. C'est en effet dans le sport que l'artiste est allé chercher ce modèle inédit, si étranger aux référents habituels de l'art, en outre si éloigné de ses propres pratiques. Car il n'est pas question, chez Julien, d'aller puiser dans une quelconque passion privée de quoi alimenter sa pratique d'artiste. Bien au contraire, c'est à la qualité d'étrangeté du sport qu'il fait appel, à l'incongruité qu'induit la mise en présence de deux univers aussi dissemblables. A l'origine de l'engagement de l'artiste, il y a la peinture, ce non-dit autour duquel, depuis la fin des avant-gardes, rôdent les investi-gations et sur lequel viennent buter nombre de travaux. Plutôt que la question du quoi peindre, c'est la forme même de la peinture qui, à cette époque, retient Julien, ses dimen- sions, la surface qu'elle recouvre comme l'objet qu'elle peut constituer. Stella puis les minimalistes, Kelly, mais aussi, quoi d'étonnant, Morellet et sa manière oblique d'aborder la géométrie, de la doter de cette même étrangeté sur laquelle repose la facétie. Un ton. Entre burlesque et autodérision (...)

Jean-Marc Huitorel est critique d'art et commissaire d'expositions indépendant. Vit à Rennes.

 

 
The sporting imagery in the work of Jacques Julien is not about sport ? or about much else, for that matter; rather, it serves to convey a kind of awkwardness, a strangeness that has to do with the open-ended strangeness of art-making it self.

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In his postscript to Herman Melville's Bartleby, Gilles Deleuze quotes Proust from Contre Sainte-Beuve: «The best books are written in a kind of foreign language.» For Jacques Julien, this foreign language is the formal world of sports. That is where the artist went in search of a unique model foreign to the usual references of art and remote from his own usual practice. In no way is Julian drawing on some private passion to fire his work as an artist. On the contrary, what he sought in sport was its quality of alienness and the incongruity that results from bringing together two utterly different worlds.
In the beginning, for this artist, there was painting, an unspoken question that since the end of the avant-gardes has seen many an explorer prowling around it and which marks a problematic limit in so much work. For Julien the question was not what to paint but the form of the painting, its dimensions, the surface it covered and the object it could become. Stella and then the Minimalists, Kelly and, not surprisingly, Morellet and his oblique treatment of geometry, his ability to bestow on it this same strangeness that is the basis of the joke: a distinct tone, between burlesque and self-mockery (...)

Jean-Marc Huitorel is an art critic and freelance curator. He lives in Rennes.
Translation, L-S Torgoff.

 

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